Chronique de Get Some de Snot ( 1997 )
Si l’histoire du rock alternatif des années 90 regorge de destins brisés et de météores incandescents, peu ont laissé une déflagration aussi intacte que Snot. Avec la gueule du chien Dobbs en guise d'avertissement et le charisme électrique de son chanteur Lynn Strait en moteur, le groupe d'Oxnard a signé avec Get Some une anomalie sonore aussi jouissive qu'inclassable. Retour au scalpel sur un disque coup de poing qui continue, des décennies plus tard, de défier les lois du genre.
Y.S
9/10/20267 min read


Chronique au scalpel : Get Some de Snot (1997)
Le contexte de l’époque : Au-delà de l'étiquette néo-metal
Lorsque Get Some paraît le 13 mai 1997 sur le label Geffen Records, les États-Unis assistent à la déferlante du nu metal. Korn vient d'enfoncer le clou avec Life Is Peachy, Deftones s'apprête à lâcher Around the Fur, et Limp Bizkit fait ses débuts avec Three Dollar Bill, Y'all$. Dans cette effervescence, l’industrie cherche à caser Snot dans ce même train en marche.
Pourtant, Get Some relève d'une toute autre démarche : c'est un disque hybride, une collision frontale entre le hardcore punk californien ultra-rapide (l'héritage du mouvement Nardcore de Venice et Oxnard, avec des groupes comme RKL ou Suicidal Tendencies), le funk percussif des débuts des Red Hot Chili Peppers et de Fishbone, et la lourdeur d'un groove metal taillé pour la bagarre de fosse.
Là où la vague montante capitalise sur la noirceur dépressive, les guitares à 7 cordes sous-accordées et les samples sombres, Snot propose une musique explosive, solaire, arrogante et suintante de sueur.
Une alchimie sonore organique : L’empreinte T-Ray
L'une des grandes forces de l'album repose sur le choix inattendu de son producteur : Todd Ray (alias T-Ray). Venu du monde du hip-hop (il a collaboré avec Cypress Hill, House of Pain ou les Beastie Boys), T-Ray avait déjà prouvé sur l'album Betty de Helmet qu'il comprenait la dynamique des grosses guitares.
Sous sa houlette aux studios NRG à North Hollywood, le groupe refuse les artifices :
La batterie de Jamie Miller est enregistrée sans déclencheurs numériques (triggers). Elle sonne sèche, organique, claquante, avec un jeu de cymbale et de caisse claire qui privilégie la vélocité et les syncopes funk.
La basse de John « Tumor » Fahnestock est un des moteurs de l'album. Slappée à des vitesses furieuses, elle ronronne avec une présence médium-grave omniprésente qui rappelle autant Flea que Les Claypool.
Les guitares de Mikey Doling et Sonny Mayo évitent l'écueil du simple « mur de son » indifférencié. Doling multiplie les riffs acérés et use frénétiquement de la pédale wah-wah (façon Funkadelic dopé au thrash metal), tandis que Mayo cimente les rythmiques.
Le frontman total : Au centre de ce maelström, Lynn Strait. Tatoué de la tête aux pieds, diagnostiqué plus jeune d'un syndrome de Gilles de la Tourette, Strait a un passé écorché (démêlés judiciaires, séjours en prison pour vols et violences, batailles contre l'addiction). Cette vie sur le fil donne à sa voix une authenticité mordante. Il passe sans transition d'un phrasé parlé-rappé plein de sarcasme à un chant clair mélodieux et éclatant, avant d'exploser dans des aboiements hardcore d'une violence inouïe.
L’histoire du groupe : De l’underground de Santa Barbara aux arènes
Snot est fondé en 1995 à Santa Barbara, en Californie, par le chanteur Lynn Strait et le guitariste compositeur Mikey Doling. Les deux musiciens recrutent Sonny Mayo à la guitare rythmique, John « Tumor » Fahnestock à la basse et Jamie Miller derrière les fûts.
Le quintet s'impose sur les scènes du Sunset Strip (le Whisky a Go Go, le Roxy). Leurs performances sont de véritables décharges d'énergie pure, portées par l'incroyable magnétisme animal de Lynn Strait. Le bouche-à-oreille est féroce. La manageuse la plus influente du milieu metal, Sharon Osbourne, repère le groupe et prend leur carrière en main. Une intense guerre d'enchères entre maisons de disques se déclenche, remportée par le label Geffen Records.
Dès la sortie de Get Some en 1997, Snot devient le « groupe des musiciens » : ils tournent avec des formations de leur génération (Soulfly, Hed PE, Sevendust) et sont catapultés à l'affiche de la deuxième scène de l'Ozzfest 1998, où ils volent la vedette à de nombreux groupes majeurs grâce à leurs prestations scéniques incendiaires.
Track-by-Track : Les pièces maîtresses du disque
« Snot » : L'introduction fracassante s'ouvre sur un échange réel en studio : « Say something for the record... Fuck the record and fuck the people ! ». S'ensuit une cavalcade hardcore punk propulsée par la wah-wah furieuse de Doling et une basse au galop. Le refrain scande le nom du groupe comme un cri de ralliement.
« Stoopid » : Chef-d'œuvre de contraste dynamique. Le couplet s'appuie sur une basse jazzy/lounge chaloupée où Strait murmure avec désinvolture, avant une déflagration rythmique colérique sur le refrain (« You're so stupid ! »).
« Joy Ride » : Un brûlot de pur skate-hardcore de 2 minutes 26, mené à un tempo effréné. Rétrospectivement, le morceau glace le sang : Strait y chante l'ivresse de la vitesse sur l'autoroute, et le titre se conclut par le bruitage réaliste d'un freinage désespéré suivi d'un fracas d'accident de tôle.
« The Box » : Un concentré de funk metal syncopé et alambiqué, débutant par des cris perçants de Strait. Le groove y est élastique et démontre la virtuosité technique de la section rythmique Tumor / Miller.
« I Jus' Lie » : Choisi comme single et mis en images par un clip vidéo, c'est le morceau le plus accessible et mélodique du disque, sans rien sacrifier de son mordant. Strait y évoque le mensonge comme mécanisme de défense psychologique face au regard des autres.
« Tecato » : L'un des titres les plus sombres de la discographie du groupe. Dans l'argot chicano du sud-ouest américain, un « tecato » désigne un junkie accro à l'héroïne. Strait y livre une confession à cœur ouvert sur ses rechutes passées et ses luttes pour rester sobre.
« Mr. Brett » : Une attaque au lance-flammes dirigée nommément contre Brett Gurewitz, guitariste de Bad Religion et PDG d'Epitaph Records. Strait y crache sa haine de la récupération commerciale du punk par les labels de l'époque (« Punk's not what it used to be, it's gone downhill since 1982 / It's fucked up that you think it's 'cause of you »).
« Get Some O’ Deez » et « Get Some Keez » : Deux respirations instrumentales résolument acid-jazz et funk, directement inspirées par le travail instrumental des Beastie Boys sur The In Sound from Way Out! (1996). Elles attestent que les musiciens de Snot n'étaient pas de simples métalleux agressifs, mais d'excellents instrumentistes aux horizons très larges.
Pourquoi n'y a-t-il pas de deuxième album ? La tragédie du 11 décembre 1998
À la fin de l'année 1998, Snot est au sommet de sa courbe d'ascension. Après le triomphe de l'Ozzfest, le groupe a déjà composé une dizaine de nouveaux morceaux pour son deuxième album très attendu.
Le 11 décembre 1998, le destin s'arrête net. Lynn Strait prend la route au volant de sa modeste Ford Tempo 1992. Vers midi, alors qu'il s'engage pour traverser une portion dangereuse de l'autoroute US-101 près de Carpinteria/Mussel Shoals (Californie), son véhicule est percuté de plein fouet côté conducteur par un pick-up arrivant à 100 km/h. Lynn Strait est tué sur le coup, à l'âge de 30 ans. Son boxer Dobbs, assis à l'arrière, périt avec lui.
Sous le choc d'une tristesse incommensurable, le groupe tranche immédiatement : il est hors de question d'auditionner un nouveau chanteur. Le guitariste Mikey Doling déclare que remplacer Lynn n'aurait aucun sens et dissout officiellement Snot.
La genèse de Strait Up (2000)
Les maquettes instrumentales destinées au deuxième album étaient néanmoins enregistrées. Plutôt que de les enterrer, Doling et les musiciens survivants décident de monter un hommage historique : l'album posthume Strait Up, paru en novembre 2000.
Tous les grands noms de la scène metal US, très liés d'amitié avec Strait, défilent au micro pour écrire et chanter leurs textes sur les partitions inédites de Snot :
Serj Tankian (System of a Down) illumine l'orientalisant « Starlit Eyes »
Corey Taylor (Slipknot) déploie sa fureur sur « Requiem »
Jonathan Davis (Korn) pose son chant déchirant sur « Take It Back »
Fred Durst (Limp Bizkit) livre le solennel « Forever »
Max Cavalera (Soulfly) hurle sur le ravageur « Jumpdafuckup » (dont une variante figurera aussi sur Primitive)
Lajon Witherspoon et les musiciens de Sevendust composent le bouleversant « Angel’s Son », véritable oraison funèbre dédiée à Lynn.
L'album se clôt sur un court message vocal d'Ozzy Osbourne, rappelant l'amour que toute la communauté portait au chanteur disparu.
Les anecdotes méconnues.
1. Dobbs, la mascotte jusque sur scène
Le boxer photographié en gros plan avec une expression blasée sur la pochette de Get Some appartenait à Lynn Strait. Dobbs ne servait pas d'objet promotionnel : il était inséparable de Lynn et vivait avec le groupe sur les routes. Lors de nombreux concerts en club, le chien restait sur scène, couché impassiblement à côté de la grosse caisse de Jamie Miller malgré les décibels dantesques.
2. L'incident des toilettes géantes à l'Ozzfest 98
Lors de la halte au Great Woods Amphitheater de Mansfield (Massachusetts), le décor de scène de Limp Bizkit comportait une gigantesque cuvette de WC d'où le groupe émergeait. Pour faire une farce à ses amis, Lynn Strait s'est glissé nu dans la cuvette avant leur set. Lorsque la chasse d'eau a tiré, Strait est sorti entièrement nu, sautant sur scène face à 20 000 personnes stupéfaites. Poursuivi par les vigiles et la police locale, il s'est enfui dans les coulisses et a trouvé refuge dans la caravane personnelle... d'Ozzy Osbourne. Rattrapé par les officiers, il leur a soutenu d'un air le plus sérieux du monde qu'il s'appelait Dave Mustaine (le leader de Megadeth). Il a finalement été placé en détention pour exhibitionnisme, avant d'être libéré sous caution grâce à l'intervention de Sharon Osbourne.
3. L'incroyable ironie de Jamie Miller et Bad Religion
Dans le titre « Mr. Brett », Lynn Strait traîne Brett Gurewitz (guitariste fondateur de Bad Religion) dans la boue pour sa gestion jugée commerciale du punk. L'histoire a pourtant un sens de l'ironie cinglant : bien des années plus tard, en 2015, le batteur originel de Snot, Jamie Miller, est officiellement recruté comme batteur titulaire de... Bad Religion, un poste qu'il occupe toujours en tournée aux côtés de Brett Gurewitz.
4. Le morceau charnière « Absent »
En 1998, peu avant la disparition de Strait, Snot participe à la bande originale du film d'horreur de Dee Snider, Strangeland, avec le titre inédit « Absent ». Très différent du reste de Get Some, ce morceau affichait des textures plus sombres, lentes et mélancoliques, démontrant l'orientation musicale plus mature et profonde vers laquelle le deuxième album se dirigeait avant que le destin ne brise la formation.
Tu as survécu à la page ? Bien. Maintenant, descends tout en bas de la page et crache ton venin dans la section commentaires. Pas de chichis, pas de quartier : headbang obligatoire et avis brut de décoffrage !
Metal Me !
Marque française de t-shirts alternatifs, Rock & Dark Fantasy. Impression de qualité supérieure.
Contact
yann@metalmeclothing.com
Tel :07 60 71 39 04
© 2026. All rights reserved.
Conditions générales de vente
