KoЯn à l’Accor Arena de Paris (Bercy) du vendredi 23 octobre 2026

Vendredi 23 octobre 2026. L’Accor Arena de Paris affiche complet depuis des semaines. Dans les coursives comme dans la fosse, le public témoigne de la longévité exceptionnelle du groupe : les quadragénaires en sweat à capuche vintage côtoient une nouvelle génération abreuvée de riffs sur les réseaux sociaux. Pour ouvrir le bal de cette étape française de l’Euro Tour 2026, l’arène a d’abord subi les assauts du duo Youth Code, suivi d’un set magistral des Britanniques d’Architects. Menés par un Sam Carter impérial, ces derniers ont prouvé qu'ils avaient désormais l'étoffe d'un futur tête d'affiche des très grandes salles, transformant la fosse en une vaste mer de circle pits et préparant idéalement le terrain.

Y.S

10/24/20264 min read

panneau lumineux dans l' accor arena mentionnant le nom du groupe et la date
panneau lumineux dans l' accor arena mentionnant le nom du groupe et la date

La Setlist (Paris – 23 octobre 2026)

Set principal :

  1. It’s On!

  2. Here to Stay

  3. Reward the Scars

  4. Got the Life

  5. Rotting in Vain

  6. Twist

  7. Chi

  8. Kill You

  9. A.D.I.D.A.S.

  10. Shoots and Ladders

  11. Coming Undone

  12. Did My Time

  13. Make Me Bad

  14. Y’All Want a Single

Rappel :
15. Falling Away From Me
16. Blind
17. Twisted Transistor
18. Freak on a Leash

Un début de set pied au plancher

À 21h15, les lumières s’éteignent dans un grondement assourdissant. Le rideau tombe pour dévoiler une scénographie imposante : jeux d'écrans monumentaux diffusant une imagerie sombre et torturée, structures industrielles suspendues et le légendaire pied de micro biomécanique signé H.R. Giger trônant au centre de la scène.

Dès les premières mesures menaçantes de It’s On!, le son – massif, chirurgical et réglé pour faire trembler les gradins – saisit l'arène à la gorge. Les guitares 7 cordes de James « Munky » Shaffer et Brian « Head » Welch tissent ce mur de dissonance reconnaissable entre mille. Dans la foulée, l'enchaînement avec Here to Stay déclenche le premier séisme de la soirée : 20 000 personnes sautent à l'unisson sur ce qui reste l'un des riffs les plus lourds de l'histoire du metal moderne.

Le groupe glisse immédiatement Reward the Scars, extrait plus récent qui confirme l’efficacité de Korn sur format court, avant de basculer dans la frénésie festive de Got the Life. Jonathan Davis, voix claire et growls habités, impressionne par une tenue vocale irréprochable malgré les décennies de tournée.

un « Best Of » trop prévisible au détriment de la profondeur

C’est précisément après cette entame tonitruante que le bât blesse pour quiconque suit le groupe depuis ses débuts. Korn possède l’une des discographies les plus riches et singulières de la scène metal alternative, riche de 14 albums studio et d'une multitude de chefs-d'œuvre viscéraux. Pourtant, le concert va rapidement s’installer dans un confort radiophonique quasi total.

À de rares exceptions près, la setlist choisit de ne prendre aucun risque :

  • Les rares lueurs d’obscurité : La courte parenthèse formée par Twist, l'abrasif Chi et l'angoissant Kill You, A.D.I.D.A.S.(30 ans de Life Is Peachy) rappelle à quel point Korn est grand lorsqu’il plonge dans ses zones d’ombre, de malaise psychologique et de groove instinctif. L'espace de dix minutes, Bercy retrouve la noirceur originelle des années 90.

  • Le retour immédiat aux autoroutes commerciales : Ce sursaut est aussitôt étouffé par un alignement de tubes ultra-calibrés : , Coming Undone , Did My Time, Make Me Bad et le sempiternel Y’All Want a Single, où le public lève dutifully le majeur au ciel.

C'est là tout le paradoxe de la soirée. Si ces titres fonctionnent comme des bombes d’ambiance garanties en festival ou en arène, ils prennent la place de morceaux secondaires infiniment plus riches et réclamés par les puristes. On déplore l'absence totale de perles d’atmosphère issues de l'époque Untouchables (où sont passés Hollow Life, No One's There ou Thoughtless ?), l'omission quasi complète de la noirceur d'un album charnière comme Issues (en dehors des singles évidents), et l'oubli des titres les plus aventureux de leurs productions récentes (The Nothing, Requiem). À force de vouloir contenter le spectateur occasionnel en enchaînant les singles MTV, le show perd cette texture viscérale, imprévisible et introspective qui faisait la dangerosité de Korn sur scène.

Un rappel sans surprise mais destructeur

Pour le rappel, le contrat est exécuté avec une précision d'horloger suisse :

  1. Falling Away From Me, déploie son refrain repris en chœur par toute la salle.

  2. Blind, le morceau fondateur, fait exploser la fosse dès le légendaire rugissement « Are you ready?! », générant le pogo le plus violent de la soirée.

  3. Twisted Transistor, maintient un groove accessible et dansant.

  4. Freak on a Leash vient clore les débats avec son pont en scat inimitable et son drop apocalyptique mais sans la pluie de confettis et d'effets pyrotechniques contrairement aux dates allemandes.

    Conclusion :

    Sur le plan de l'énergie, de la précision technique et du spectacle pur, Korn a offert à l'Accor Arena une prestation colossale. Ray Luzier derrière les fûts est une pieuvre infatigable, le duo Head/Munky garde une alchimie scénique magnétique, et Jonathan Davis conserve cette aura vulnérable et terrifiante qui en fait un frontman unique.

    Cependant, en réduisant leur répertoire à un catalogue de 18 hymnes ultra-formatés pour les ondes et sans véritable surprise de programmation, Korn choisit la sécurité de l'amuseur public plutôt que l'intensité de l'écorché vif. Les néophytes et amateurs de fêtes metal en sortent conquis ; les passionnés qui espéraient une célébration plus nuancée et audacieuse de leur vaste répertoire resteront, eux, avec un petit sentiment de routine bien huilée.

groupe de musicien néo metal jouant sur scene avec eclairage bleu
groupe de musicien néo metal jouant sur scene avec eclairage bleu
decor de secene de laser rouge ecarlate de korn
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