Seether : L’épopée sauvage, le sang de Seattle et les fantômes de Johannesburg
Il y a quelque chose d’anachronique et d’absolument héroïque dans la trajectoire de Seether. Au tournant du millénaire, alors que l’industrie musicale américaine s’empiffrait de nu-metal surproduit ou polissait les guitares pour en faire de la pop radiophonique inoffensive, un trio hirsute débarquait tout droit des faubourgs d’Afrique du Sud. Les doigts écorchés, la voix imbibée de gravier et de whisky, et une fidélité inextinguible au son crasseux de Seattle. Seether n'a jamais été un groupe glamour. C'est un vaisseau de survie émotionnelle, une machine de guerre forgée dans la résilience, marquée par les deuils, les amours toxiques sous le feu des projecteurs et l'âpreté d'un pays qui réinventait son identité. Décryptage d’un monument du rock lourd contemporain.
Y.S
10/10/202614 min read


I. Jeunesse au vitriol et premiers pas : Les tranchées de Welkom et Johannesburg
Pour comprendre la fureur qui habite le chanteur et guitariste Shaun Morgan (né Shaun Welgemoed en décembre 1978), il faut mesurer le décor dans lequel il a grandi. Welkom, ville minière de la province de l’État libre, puis Pretoria et Pietermaritzburg. L'Afrique du Sud des années 1980 et du début des années 1990 est encore corsetée par l'Apartheid agonisant, puis plongée dans le chaos fertile mais violent de la transition démocratique.
Dans ce contexte d'isolement culturel où les vinyles et cassettes occidentaux s'échangent sous le manteau, le jeune Shaun vit une enfance brisée par les conflits familiaux et un profond sentiment de déclassement. Marginal, gaucher, incapable de trouver sa place dans les sports collectifs chers à la culture afrikaner (le rugby y est une quasi-religion), il s'enferme dans sa chambre avec une guitare acoustique à laquelle il inverse les cordes pour apprendre à jouer à l’envers, calquant ses premiers accords sur les albums de Black Sabbath et de Nirvana.
Avant la gloire, Shaun écume les bouges et les bars de motards de Johannesburg avec diverses formations d'adolescents (dont un groupe appelé Tribute). Dans ces rades mal famés où le public réclame des reprises de classic rock, jouer du grunge est un sport de combat. Il n’est pas rare que le groupe finisse ses sets sous des jets de canettes de bière et doive plier bagage en catastrophe pour éviter les bagarres de fin de soirée. C’est là, devant un public hostile, que Morgan apprend à pousser sa voix dans ses ultimes retranchements pour couvrir le vacarme des bagarres de comptoir.
En mai 1999, à Johannesburg, Shaun rencontre l'homme qui deviendra son pilier et son alter ego rythmique : le bassiste Dale Stewart. Dale, doté d'un flegme imperturbable et d'un jeu de basse au mediator percutant, partage la même faim viscérale. Rejoints par le batteur David Cohoe, ils forment Saron Gas.
En 2000, le trio enregistre un premier album sur le label local Musketeer Records, intitulé Fragile. Réalisé avec un budget ridicule, l'album fait l'effet d'une déflagration. Deux titres tournent en boucle sur les stations alternatives sud-africaines : « 69 Tea » et « Fine Again ». Le bouche-à-oreille franchit les océans et atterrit dans les bureaux new-yorkais de Wind-up Records, la maison de disques indépendante la plus en vue de l'époque (qui vient d'exploser les compteurs avec Creed).
II. L'exil américain et le baptême du feu : De Saron Gas à Seether
L'arrivée du groupe aux États-Unis fin 2001 ressemble à un saut dans le vide sans parachute. Débarqués à New York fauchés, dans un pays encore sous le choc des attentats du 11 septembre, les Sud-Africains se heurtent immédiatement à un ultimatum de leur nouveau label.
Le patronyme « Saron Gas » pose un problème majeur : phonétiquement, il est strictement identique à « Sarin gas » (le gaz sarin, arme chimique mortelle). Dans l’Amérique ultra-paranoïaque de l’après-11 septembre et de la crise des courriers à l'anthrax, les radios refusent catégoriquement de programmer un groupe portant ce nom. Wind-up est catégorique : « Vous changez de nom, ou le contrat est rompu ».
Refusant de céder à une suggestion tiède des costards cravates, Shaun Morgan se tourne vers ses racines d'amateur de rock alternatif 90's. Fan invétéré du groupe féministe grunge Veruca Salt, il suggère Seether, en hommage à leur tube électrique de 1994. Le mot colle parfaitement à la personnalité du chanteur : to seethe, c'est bouillir intérieurement, couver une rage sourde prête à exploser.
Seether est né. La formation réenregistre les meilleurs morceaux de Fragile, injecte quelques nouvelles bombes et publie Disclaimer en 2002.
III. La tornade Amy Lee : Succès planétaire, dépendance et guerre des ondes
C’est le chapitre le plus médiatisé, le plus incandescent, mais aussi le plus douloureux de la carrière de Shaun Morgan : sa relation avec Amy Lee, la chanteuse et figure de proue d'Evanescence (également signée sur Wind-up Records).
Entre 2003 et 2005, le couple devient le tandem royal du metal alternatif mondial. Mais en coulisses, l’idylle tourne rapidement au cauchemar gothique. Morgan sombre profondément dans l’alcoolisme et les addictions aux analgésiques et à la cocaïne. Le contraste entre le monde léché d’Evanescence et la déchéance punk de Morgan crée des frictions explosives.
La création dictée et forcée de « Broken »
Sur l’album Disclaimer original, « Broken » était une ballade dépouillée, jouée par Morgan seul à la guitare acoustique. Flairant le jackpot commercial, les dirigeants de Wind-up Records ordonnent au couple de réenregistrer le morceau en duo pour la bande originale du blockbuster The Punisher (2004), puis pour la réédition Disclaimer II.
Le label impose des arrangements de cordes hollywoodiens grandiloquents. Si le titre devient un carton mondial stratosphérique — squattant le Top 20 du Billboard et tournant en boucle sur MTV —, Shaun Morgan vit très mal cette manipulation artistique. Il craint que son groupe ne soit réduit à un faire-valoir commercial d’Evanescence et vit cette édulcoration comme une trahison de ses idéaux grunge.
La rupture et l'attaque par ondes interposées
En 2005, la relation explose définitivement. Amy Lee met un terme à leur histoire, épuisée par les démons et l'autodestruction du chanteur sud-africain.
En août 2006, la rupture prend une tournure d'une violence psychologique rare. Evanescence sort son nouveau single planétaire : « Call Me When You’re Sober » (« Appelle-moi quand tu seras sobre »). Le texte est une attaque frontale, sans le moindre filtre, ciblant Shaun Morgan et son incapacité à choisir entre l'amour et la bouteille.
Le coup de grâce ? Le single est envoyé à toutes les radios mondiales et commence à tourner en boucle le jour précis où Shaun Morgan intègre le centre de désintoxication Cirque Lodge dans l'Utah pour soigner son alcoolisme. Enfermé, coupé du monde, Morgan apprend par son entourage qu'il est la cible du hit numéro 1 du moment. Interrogé plus tard par la presse rock, Shaun confiera : « J'ai été dévasté. Non pas parce qu'elle était blessée, ce que je pouvais concevoir, mais parce qu'elle a étalé mes faiblesses les plus intimes devant la terre entière sur les ondes alors que j'étais littéralement en train d'essayer de sauver ma peau en rehab. »
Cette humiliation publique servira de carburant noir pour l’écriture de l'album suivant, notamment le cynique et ravageur « Fake It », qui fustige l'hypocrisie et les faux-semblants du microcosme de Los Angeles.
IV. Le deuil et la tragédie de Rapid City (2007)
Si la rupture avec Amy Lee a laissé des cicatrices médiatiques, la véritable tragédie de la vie de Shaun Morgan survient à l'été 2007, un traumatisme qui changera à jamais le son et l'âme de Seether.
Alors que le groupe est en pleine ascension et tourne aux côtés de Three Days Grace et Breaking Benjamin, le jeune frère de Shaun, Eugene Welgemoed, se bat lui aussi contre une dépression sévère. Pour lui redonner espoir, Shaun compose un morceau au tempo inhabituellement entraînant, une prière rock intitulée « Rise Above This » (Dépasse tout ça). Morgan veut lui prouver qu'il y a de la lumière au bout du tunnel.
Le destin frappe avec une cruauté inouïe. Le 13 août 2007, alors que Seether fait étape dans le Dakota du Sud, Eugene saute du 8e étage de l'hôtel Radisson de Rapid City. Shaun doit aller identifier le corps de son petit frère à la morgue.
Le morceau « Rise Above This », initialement conçu pour sauver un vivant, devient instantanément une oraison funèbre déchirante. Le clip, d’une sobriété bouleversante, montre la famille d'un jeune homme incapable de le retenir tandis qu'il sombre dans le vide.
Cet événement pousse Shaun Morgan à créer des années plus tard le Rise Above Fest, un gigantesque festival caritatif réunissant l'élite du metal américain (Korn, Avenged Sevenfold, Slash, Godsmack, Shinedown, Disturbed, Stone Sour ou Papa Roach.) dont l'intégralité des bénéfices est reversée à SAVE (Suicide Awareness Voices of Education), faisant du chanteur l'un des plus ardents porte-voix de la prévention du suicide dans le milieu du rock.
V. Le son Seether : Une mécanique d'orfèvre sous la rouille
Musicalement, Seether ne se contente pas d'imiter ses pairs : le groupe a forgé un son immédiatement identifiable reposant sur trois piliers techniques majeurs :
La technique d’accordage et la dynamique « Loud-Quiet-Loud » :
Comme Kurt Cobain et Jerry Cantrell (Alice in Chains), Morgan utilise presque exclusivement des accordages abaissés — Drop D, Drop C et Drop B. Cette lourdeur permet aux guitares de sonner comme des tronçonneuses sur les refrains tout en laissant respirer des arpèges cristallins, presque fragiles, sur les couplets.Le travail vocal binaire :
La voix de Shaun Morgan est une anomalie biologique. Il est capable de passer en une fraction de seconde d’un filet de voix mélancolique et susurré (hérité de la vulnérabilité de Layne Staley) à des hurlements saturés gutturaux qui rivalisent avec les screams du death metal ou du post-hardcore, sans jamais perdre la justesse mélodique.La basse percussive de Dale Stewart :
Alors que beaucoup de bassistes de post-grunge se contentent de doubler les guitares, Dale Stewart joue au mediator avec une attaque ultra-agressive, souvent saturée d'une légère distorsion (effet SansAmp ou Big Muff), qui donne cette assise métallique et élastique unique au groupe.
« Careless Whisper » :
En 2009, pour une session studio spéciale Saint-Valentin organisée par une radio, le groupe décide d'enregistrer une reprise parodique du monument pop de George Michael, « Careless Whisper ». Morgan y remplace le célèbre solo de saxophone sirupeux par un mur de larsens et de distorsion crasseuse.
Le résultat est tellement puissant et décalé que les stations de rock US s'emparent de la bande et la diffusent en boucle. Dépassé par l'ampleur du phénomène, le label réédite en urgence l'album Finding Beauty in Negative Spaces avec la chanson en bonus track. La reprise se classe numéro 1 des charts rock, devenant un de leurs plus gros succès mondiaux… pour ce qui n'était au départ qu'une blague de musiciens éméchés.
VI. La discographie sous la loupe
1. Disclaimer (2002) / Disclaimer II (2004) : Le baptême du feu et l'essor mondial
Fraîchement débarqué d'Afrique du Sud, le groupe enregistre Disclaimer avec le producteur Jay Baumgardner. L'album capture le mal du pays, l'isolement et la précarité d'un groupe fauché débarquant à Los Angeles.
« Fine Again » : Le point d'ancrage émotionnel. Composée par Shaun Morgan pendant le divorce destructeur de ses parents, la chanson applique à merveille la formule grunge quiet/loud : arpèges mélancoliques en son clair et chant feutré qui explosent sur un refrain libérateur . Le titre devient viral avant l'ère des réseaux sociaux, propulsé par les bandes originales des jeux vidéo Madden NFL 2003 et 1080° Avalanche.
« Gasoline » : Deux minutes quarante-huit d'agression punk-metal frontale. C’est la vitrine du timbre déchiré de Morgan, dont les cris primaux n'ont rien à envier à ceux de Kurt Cobain ou Layne Staley.
« Driven Under » : Une montée en tension lente, portée par la basse sourde de Dale Stewart, qui illustre la capacité du groupe à installer une atmosphère lourde et oppressante avant la délivrance du refrain.
Le tournant de Disclaimer II (2004) et « Broken » :
Alors que l'album initial fait son chemin, le groupe réenregistre la ballade acoustique « Broken » sous forme de duo avec Amy Lee (chanteuse d'Evanescence et compagne de Morgan à l'époque) pour la bande originale du film The Punisher. Agrémenté d'arrangements de cordes dramatiques, le morceau devient un raz-de-marée planétaire (Top 20 du Billboard Hot 100). Wind-up flaire le filon et réédite l'album sous le nom Disclaimer II, y ajoutant des inédits percutants comme « Sold Me ».
2. Karma and Effect (2005) : L'affirmation dans le fer et le sang
Après le triomphe radio de « Broken », Wind-up Records rêve de voir Seether enfiler le costume de groupe de rock radiophonique accessible. Shaun Morgan refuse catégoriquement. Le groupe veut intituler l’album Catering to Cowards (« Faire le jeu des lâches »), une attaque directe contre les compromis de l'industrie. Devant le veto absolu du label qui juge le titre trop provocateur et négatif, Morgan cède sur le nom — qui devient Karma and Effect — mais pas sur la musique. Il engage Bob Marlette à la production et accueille John Humphrey à la batterie. Le son s'épaissit, les accordages descendent en Drop C et Drop B : Seether veut prouver qu'il est d'abord un groupe de metal alternatif lourd.
« Remedy » : L'uppercut inaugural. Construit sur un riff d'acier syncopé et un groove de batterie implacable, le morceau décroche la première place du classement Billboard Mainstream Rock (la première de l'histoire du groupe). Le clip grotesque signé Dean Karr (marqué par un carnaval cauchemardesque) installe définitivement leur imagerie sombre.
« The Gift » : Le sommet de nuance de l'album. Une ballade mid-tempo ténébreuse, bâtie sur une ligne de guitare dépouillée, qui s'élève vers un refrain majestueux prouvant l'amplitude et la chaleur du registre de baryton de Shaun Morgan.
« Truth » : Un morceau mid-tempo à l'agressivité viscérale, propulsé par la basse saturée de Dale Stewart et un refrain hurlé où s'exprime un sentiment de trahison sans filtre.
« Because of Me » & « Burrito » : Les titres les plus radicaux du disque. Les guitares y sonnent comme des tronçonneuses industrielles, illustrant la volonté du groupe de ne faire aucune concession à la pop.
3. Finding Beauty in Negative Spaces (2007) : Abréaction, deuil et consécration
C'est l'album de la tragédie et de la résilience. Entre 2006 et 2007, Shaun Morgan traverse une cure de désintoxication très médiatisée (marquée par la chanson « Call Me When You're Sober » d'Amy Lee qui le cible ouvertement). Mais le drame absolu survient en plein milieu de la production, en août 2007 : Eugene Welgemoed, le jeune frère de Shaun, met fin à ses jours en sautant d'une fenêtre d'hôtel à Rapid City alors que Seether est en tournée. Produit par le faiseur de tubes Howard Benson, l'album devient le journal intime d'un homme à terre, mais décidé à survivre. Il sera certifié disque de platine.
« Fake It » : Le premier single, écrit par Morgan pour dénoncer l'hypocrisie superficielle de la scène hollywoodienne après sa rupture. Avec son riff dansant, son tempo groovy et son refrain mordant, le morceau reste scotché au sommet des charts rock américains pendant au moins 14 semaines, devenant l'un des plus grands succès de leur carrière.
« Rise Above This » : Le moment le plus poignant du disque. Shaun l’avait initialement composée pour redonner espoir à son frère qui luttait contre une sévère dépression. Après le suicide de ce dernier avant la sortie du disque, le titre devient un hommage posthume déchirant. Musicalement atypique pour Seether car écrit dans une tonalité majeure lumineuse, le titre cache sous son apparente légèreté une détresse immense.
« Breakdown » : Une lente descente aux enfers mélodique. Commençant sur une guitare acoustique fragile, le morceau enfle jusqu'à un refrain d'une tristesse écrasante sur l'effondrement d'une relation.
« Like Suicide » : Le sommet de fureur pure du disque. Un titre sombre, nerveux, alternant murmures et hurlements écorchés, où Morgan exorcise toute la noirceur accumulée durant ces deux années d'enfer personnel.
(Bonus culte) : La reprise inattendue du classique pop de George Michael, « Careless Whisper », enregistrée pour une réédition en 2009. Seether en fait une complainte post-grunge musclée qui deviendra un incontournable de leurs concerts.
4. Poison the Parish (2017) : La rébellion artisanale et le retour aux racines
Après deux disques (Holding Onto Strings Better Left to Fray en 2011 et Isolate and Medicate en 2014) pilotés par Brendan O'Brien — réputés impeccablement produits mais parfois jugés trop sages et lissés pour les standards du groupe —, Shaun Morgan décide de reprendre le contrôle total. Exaspéré par les compromis dictés par l'industrie californienne, il fonde son propre label (Canine Riot Records, adossé à Concord) et produit lui-même l'album au mythique Blackbird Studio de Nashville. Son credo : bannir la surproduction numérique, rebrancher les vieilles pédales de distorsion et pousser les amplificateurs à leurs limites pour retrouver l'urgence brute de l'époque Saron Gas.
Les moments forts de l'album :
« Let You Down » : Le morceau étendard. Porté par un riff lourd, rampant et boueux rappelant immédiatement l'ambiance de « Heart-Shaped Box » de Nirvana, le titre s'impose immédiatement comme un classique moderne du groupe et se hisse à la 1re place du classement Mainstream Rock.
« Stoke the Fire » : La déflagration punk/sludge de l'album. À un tempo rapide et sans fioritures, Morgan éructe avec une rage intacte sur des riffs de guitare tranchants et saturés : le groupe n'avait plus sonné aussi menaçant depuis 2005.
« Betray and Degrade » : L'audace structurelle du disque. Le morceau commence presque comme une comptine pop-grunge avec des sifflements et des lignes vocales soignées, avant de basculer sans prévenir sur un pont d'une brutalité inouïe, où le groupe flirte avec le death metal et le scream pur.
« Count Me Out » : Une pièce sombre et lancinante, construite sur le contraste dynamique entre des couplets feutrés et un refrain massif, qui prouve qu'en produisant lui-même ses guitares, Morgan a redonné à Seether son grain authentique, rugueux et sans concession.VII. Pourquoi Seether est un monument national en Afrique du Sud
Il est difficile pour un observateur européen ou américain de mesurer l'impact de Seether en terre sud-africaine. Ils n'y sont pas seulement un groupe à succès : ils sont une anomalie historique et un motif de fierté nationale transcendant les clivages.
Briser le plafond de verre du continent noir
Historiquement, l’Afrique du Sud n’exportait pas de rockeurs lourds. Le pays avait offert au monde le jazz libertaire de Hugh Masekela, les harmonies zouloues de Ladysmith Black Mambazo ou la chanson contestataire de Johnny Clegg. Mais dans le rock amplifié, l'Afrique du Sud était perçue comme un désert lointain par les majors occidentales.
Seether a explosé ce préjugé à coups de masse. Voir un enfant du pays, issu d'une petite ville du Transvaal, devenir multi-platine aux États-Unis, battre les Foo Fighters ou Metallica en haut des classements du Billboard et tourner dans les arènes du monde entier a provoqué un électrochoc. Pour la scène underground sud-africaine, Seether a été la preuve éclatante que l'isolement géographique n'était plus une fatalité.
La grand-messe d’Oppikoppi et la terre rouge
Lorsque Seether rentre au pays pour des tournées événementielles, l’accueil relève de l’hystérie collective. Leur passage au mythique festival Oppikoppi — perché dans la poussière aride du bushveld du Limpopo — fait partie de la légende du rock sud-africain.
Les festivaliers, recouverts de la fameuse « poussière rouge » soulevée par les pogos géants, scandent les refrains en chœur dans une ferveur quasi mystique. Pour la jeunesse sud-africaine, Seether incarne l'esprit « Local is Lekker » (ce qui vient de chez nous est le meilleur) porté à son paroxysme. Shaun et Dale n'ont jamais gommé leur accent sud-africain en interview et affichent fièrement leurs origines, ce qui leur vaut le respect inconditionnel de leurs compatriotes.
L'écho de la résilience
Il y a une résonance sociologique évidente entre la musique de Seether et l'Afrique du Sud contemporaine. C'est une nation qui a appris à vivre avec ses traumatismes, sa violence endémique et ses désillusions politiques. Les thèmes de Seether — la lutte acharnée contre ses propres ombres, le refus de s'apitoyer sur son sort, du défoulement brut face à la douleur — épousent intimement le caractère résilient du peuple sud-africain.
Épilogue : Les insubmersibles
Vingt-cinq ans après avoir martelé leurs premiers accords dans des garages étouffants de Johannesburg, Shaun Morgan et Dale Stewart sont toujours debout. Ils ont survécu à la mort clinique du grunge, aux modes éphémères du nu-metal et de l'emo, aux vautours de l'industrie du disque, à l'alcoolisme destructeur et au deuil le plus absolu.
Seether ne s’est jamais réinventé en icône branchée parce qu’il n’en a jamais eu besoin. Ils demeurent ce qu’ils ont toujours été : des ouvriers du riff, des artisans de la saturation, dont la rage n'est pas une posture commerciale, mais une nécessité vitale. Tant qu'il y aura dans le monde des gamins débordant d'angoisse et de rancœur dans des chambres trop petites, le cri rauque de Shaun Morgan continuera de faire trembler les murs.
Sources: Liens Utiles:
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