Sous le règne de Toxicity : le grand classement Album de System Of A Down

Alors que System Of A Down à fait trembler par deux fois les fondations du Stade de France, je me suis replongé dans les abysses de leur discographie. De ce voyage au cœur du chaos, j’ai tenté d’extraire un verdict, une hiérarchie ultime. Voici ce qui a jailli des ténèbres.

Y.S

7/5/20263 min read

Black System of a Down band t-shirt featuring a detailed steampunk graphic of the band members.
Black System of a Down band t-shirt featuring a detailed steampunk graphic of the band members.

L’odyssée de l'absurde : quel est le véritable sommet de System Of A Down ?

Si la couronne de leur discographie semble solidement ancrée sur une tête bien précise, dessiner la carte du reste de leur empire musical relève d'un subtil exercice d'équilibriste. En seulement cinq chapitres, la machine bicéphale menée par Serj Tankian et Daron Malakian a accouché d'un monstre de foire unique : un metal moderne où la satire politique danse une valse hystérique avec la violence pure et des mélodies venues d'ailleurs.

Alors que le groupe fait gronder les travées du Stade de France et que le quart de siècle de Toxicity résonne encore, penchons-nous sur cette œuvre courte mais incandescente. Ici, aucun déchet : tout est une affaire de nuances de génie, de la folie brute au chaos maîtrisé. Récit d’une ascension en cinq actes.

5. Hypnotize : Le crépuscule d’un empire

Finir au pied de ce classement n’a rien d’un déshonneur ; c’est simplement être la dernière étoile d'une constellation éblouissante. Pensé comme le jumeau nocturne et mélancolique de Mesmerize, Hypnotize est le chant du cygne d'un groupe fatigué mais toujours habité. L’atmosphère y est plus lourde, presque hivernale.

Si des monuments comme Holy Mountains, la déchirante ballade Lonely Day ou le morceau-titre brillent d’une lueur sombre, l’ensemble a perdu un peu de cette imprévisibilité volcanique qui caractérisait leurs débuts. C'est une révérence digne, une fin de fête sous la pluie, mais pas le disque qui capture le mieux leur folie originelle.

4. Steal This Album! : Le cabinet de curiosités

Souvent perçu à tort comme un tiroir de restes de cuisine après le festin de Toxicity, Steal This Album! est en réalité un laboratoire secret à ciel ouvert. C’est le disque des chemins de traverse, là où le groupe s'autorise toutes les excentricités sans le filtre d'un formatage commercial.

Des morceaux comme Innervision, l’angoissant Mr. Jack, l’absurde cavalcade de I-E-A-I-A-I-O ou la douceur acoustique de Roulette prouvent que même leurs « chutes de studio » valaient de l'or. S'il manque d'un fil conducteur pour en faire une cathédrale cohérente, cet album brille par son statut de joyeux bazar créatif, indispensable pour saisir l'ADN brut du quatuor au sommet de son inspiration.

3. Mesmerize : Le cabaret de l'absurde

Avec Mesmerize, le chaos de System Of A Down enfile ses habits de lumière et monte sur les planches d'un théâtre baroque. Plus accessible au premier abord, le disque n’en est pas moins profondément dérangé. C'est l’album de la théâtralisation, marqué par la montée en puissance de Daron Malakian au micro, qui vient bousculer le monologue de Serj Tankian pour instaurer un dialogue schizophrénique.

L’enchaînement de classiques comme B.Y.O.B. (véritable charge anti-guerre déguisée en hymne de boîte de nuit), le kaléidoscopique Radio/Video ou l'onirique Question! montre un groupe qui maîtrise ses contrastes sur le bout des doigts. Un opéra-metal carnavalesque, coloré et féroce, qui n'échoue au pied du podium que face aux deux piliers fondateurs.

2. System Of A Down : La morsure de la bête

Le premier opus éponyme est un pavé de béton lancé dans la vitrine du metal de la fin des années 90. C’est un fauve tout juste sorti de sa cage : sauvage, imprévisible, indomptable. Les guitares y sonnent comme des tronçonneuses, les rythmes changent de cap sans prévenir, et la voix de Serj Tankian navigue entre le chaman possédé et le cartooniste sous amphétamines.

Sugar, Spiders ou Suite-Pee jettent les bases d’un folklore hybride, où les racines arméniennes s’entrechoquent avec la rage du punk hardcore. Moins policé, plus abrasif que ses successeurs, ce disque reste la manifestation la plus viscérale et la plus dangereuse de leur art. Une décharge d'électricité pure directement branchée sur le système nerveux.

1. Toxicity : L’alignement des planètes

Toxicity est le chef-d’œuvre incontesté, l'instant de grâce où la foudre a été mise en bouteille. Sur ce disque, le groupe parvient à dompter sa propre tempête sans en atténuer la force. C'est l'équilibre parfait entre une violence chirurgicale, des mélodies imparables et une poésie de l'absurde qui résonne avec l'actualité mondiale.

De l’ouverture explosive de Prison Song à la mélancolie céleste de Aerials, en passant par l’incontournable séisme Chop Suey!, chaque piste est gravée au fer rouge dans l’histoire de la musique. Plus qu’un simple album de metal alternatif, Toxicity est un monument culturel du XXIe siècle, une œuvre dense et sans la moindre faille qui continue de trôner, intouchable, au sommet de leur Panthéon.